Source : le site d'Al-Ahram en ligne le 4 août 2011
Al-Ahram : La communauté internationale presse le Maroc de régler ses problèmes avec ses voisins,
Calmer la colère de la rue
Maroc . Face à la poursuite des manifestations, le roi Mohammed VI a prononcé un discours très attendu dans lequel il a insisté sur deux points : les élections anticipées et les relations bilatérales avec l’Algérie.
Sous la pression de la vague de protestation qui secoue le pays, le roi Mohammed VI s’est prononcé pour des élections législatives rapides et en faveur d’une réouverture des frontières et d’une normalisation des relations avec l’Algérie. Un discours très attendu, non seulement par les Marocains, mais aussi par l’ensemble du monde arabe. Après les révoltes qui ont provoqué la chute de dirigeants en Tunisie et en Egypte, les riches dynasties du Golfe ont invité les monarchies jordanienne et marocaine à se joindre à leur Conseil de Coopération du Golfe (CCG), qui étudie les moyens de contenir les remous intérieurs, qu’elles considèrent comme une menace émanant de l’Iran chiite.
Le roi marocain, qui représente la plus ancienne dynastie arabe régnante, a annoncé plusieurs réformes politiques au cours du mois du juin, après plusieurs mois de manifestations de rue pacifiques. Ces réformes ont toutefois été jugées insuffisantes par les protestataires, qui sont redescendus dans la rue dans tout le pays pour exprimer leur volonté de voir réaliser leurs revendications. Essayant de trouver une issue, Mohammed VI a appelé à l’élection rapide d’un nouveau Parlement, pour qu’un futur premier ministre soit nommé au sein du parti vainqueur des prochaines élections. Une révision constitutionnelle renforçant les pouvoirs du premier ministre, tout en préservant la prééminence du souverain, a été adoptée par les Marocains à plus de 98 % lors d’un référendum organisé le 1er juillet. « Il importe de commencer par l’élection de la nouvelle Chambre des représentants, pour que nous procédions, sur la base des résultats du scrutin, à la nomination du chef de gouvernement au sein du parti qui sera arrivé en tête de ces élections », a déclaré le roi. Cependant, les manifestants lui reprochent de ne pas avoir précisé de calendrier pour ces législatives, dont la date doit être négociée entre le ministère de l’Intérieur et les partis. Le roi a averti que « tout atermoiement risque d’hypothéquer cette dynamique de confiance et de dilapider les opportunités qu’offre la nouvelle réforme ». Pour calmer la situation, des responsables de plusieurs partis politiques ont réagi, estimant que le plus important était de bien préparer les élections. « L’actuelle législature expire en principe fin 2012 et aucune disposition de la nouvelle Constitution ne nous oblige à procéder à des élections anticipées », selon Saad Eddine Othmani, député et membre dirigeant du Parti Justice et Développement (PJD, opposition islamiste). « Le plus important n’est pas de préparer rapidement les élections. Il faut surtout les bien préparer. Le ministère de l’Intérieur nous a proposé octobre prochain, mais nous avons refusé. Nous pensons que mars 2012 serait une meilleure date pour les élections », ajoute-t-il. Cet avis est partagé par plusieurs partis politiques. Hassan Tariq, membre du bureau politique de l’Union Socialiste de Forces Politiques (USFP, coalition gouvernementale), explique que son parti est favorable à des élections anticipées, afin de rompre avec l’immobilisme actuel, même si le fait de les tenir en octobre prochain lui paraît un peu court. « Le souverain souhaite la formation prochaine d’un nouveau gouvernement issu d’une majorité parlementaire solidaire et homogène. Il a aussi appelé les partis politiques à redoubler d’efforts pour favoriser la réconciliation des citoyens, surtout les jeunes, avec l’action politique », commente Hassan Tariq.
Les jeunes et les islamistes forment le gros des forces contestataires pro-démocratie. Malgré l’adoption de la réforme constitutionnelle, les jeunes du mouvement du 20 Février continuent de manifester régulièrement, pour des changements politiques profonds et l’instauration d’une monarchie parlementaire où le roi règne, mais ne gouverne pas. En plus, les diplômés chômeurs ont repris leurs marches dans les principales villes, pour réclamer des postes dans la fonction publique. Le premier ministre Abbass Al-Fassi avait promis, en février dernier, de 1 500 à 2 000 postes aux diplômés chômeurs. Ceux-ci s’étaient alors engagés à ne plus manifester dans la rue et à en rester à des revendications strictement sociales. Mais le premier ministre n’a toujours pas tenu ses promesses. Pour juguler la contestation, les autorités avaient aussi décidé une augmentation de 600 dirhams (55 euros) nette sur les salaires des fonctionnaires au 1er mai. Pour financer ces décisions, le gouvernement n’a pas précisé les mesures budgétaires prévues. Mais certains journaux ont récemment annoncé une prochaine cession de 7 % des 30 % d’actions détenues par l’Etat dans le groupe Maroc Telecom, une filiale de Vivendi. Cette information, qui n’a pas été officiellement démentie, suscite de vives critiques au sein de l’opposition parlementaire qui refuse, comme Lahcen Daoudi, chef du groupe parlementaire du PJD qu’« on brade Maroc Telecom, un fleuron de l’économie nationale ».
Réouverture des frontières
Cherchant le soutien de la communauté internationale qui le presse de régler ses problèmes avec ses voisins, Mohammed VI s’est dit favorable à la réouverture des frontières terrestres avec l’Algérie et à l’amélioration des relations avec cette dernière. « Nous tenons à l’amorce d’une nouvelle dynamique ouverte sur le règlement de tous les problèmes en suspens, en prélude à une normalisation totale des relations bilatérales, y compris la réouverture des frontières terrestres », a déclaré le roi. La frontière entre le Maroc et l’Algérie a été fermée en 1994, à la suite d’un attentat islamiste à Marrakech (sud du Maroc) que Rabat avait imputé aux services secrets algériens. « Cette démarche exclut tout immobilisme ou ostracisme incompatible avec les liens de bon voisinage, l’impératif d’intégration maghrébine et avec les attentes de la communauté internationale et de notre espace régional », a poursuivi Mohammed VI. En première réaction au discours du roi marocain, le Front de Libération National (FLN), principal parti au pouvoir en Algérie, a fait preuve de scepticisme. « Les déclarations en faveur d’une réouverture de la frontière avec l’Algérie ne sont que des effets d’annonce, sans rien de concret », a jugé samedi Kassa Aissi, son porte-parole, tout en rappelant que c’étaient les Marocains qui avaient « décidé de fermer la frontière terrestre entre les deux pays ».
Selon lui, il faut tout d’abord régler le problème du Sahara occidental, un élément nécessaire à la réalisation du Grand Maghreb, soulignant que ce problème demeure une « condition à l’amélioration des relations entre les deux Etats ». Le Maroc propose, en effet, aux Sahraouis l’autonomie, mais toutefois sous sa souveraineté. Le Front Polisario, soutenu par Alger, réclame un référendum d’autodétermination sous l’égide de l’Onu, qui donnerait aux Sahraouis le choix entre trois options : l’indépendance, l’autonomie sous souveraineté marocaine ou le rattachement au Maroc .
Maha Salem
Al-Ahram Hebdo en Ligne, 3/08/2011
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